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La Republique De Mustafa Kemal

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Pazartesi, 05 Ekim 2009 21:24

LA REPUBLIQUE DE MUSTAFA KEMAL (partie I)

Salih Babayiğit

Après la 1ere Guerre mondiale, la défaite de l’Empire Ottoman a plongé le pays dans le chaos, aggravé par les conditions très dures de l’armistice de Moudhros (octobre 1918) : démilitarisation des détroits, perte des provinces arabes, occupation de points stratégiques par les troupes alliées. Quelque mois plus tard l’armée grecque débarque à Izmir avant que les Alliées n’imposent au sultan le traité de Sèvre (août 1920). Celui-ci consacre le démembrement de la Turquie en instituant des zones contrôlées par les grandes puissances et en créant une Arménie indépendante et un Kurdistan autonome. C’est pourtant bien dans ce contexte défavorable  que va naître la République de Turquie sous l’impulsion, en particulier,  d’un homme (Mustafa Kemal), qui, dans un ultime effort, parvint à soulever la nation turque naissante en vue de libérer l’Anatolie de l’occupation étrangère. Dans le prolongement de la guerre puis de celui de la libération se dessine, par ailleurs, la grande orientation que  la Turquie de Mustafa Kemal va désormais suivre : l’Occident. Rien de plus délicat dans un pays ou la tradition islamique n’était, nul part ailleurs aussi profondément ancrée dans la société, en dépit de la politique d’ouverture suivie par l’empire lors des dernières années de son existence. Ainsi devons nous nous questionner sur la manière dont  a pu s’opérer une rupture aussi brutale et plus important encore est l’interrogation que soulève la nature même de cette république nouvelle. Allait- on assister à la naissance d’un système tout à fait exclusif conciliant les valeurs modernes à celles de l’islam ou allait on, tout simplement, recopier ce qui existait déjà dans d’autres pays 

L’histoire de la Turquie moderne est d’abord l’histoire de Mustafa kemal. Ce militaire de renom s’est illustré par ses qualités de commandant sur presque l’ensemble des fronts qui se sont tenus en Orient, dans les Balkans et dernièrement à Galilopolie pendant la 1ére Guerre Mondiale. On le connaît aussi pour son engagement aux cotés des Jeunes Turcs lors de la Révolution de 1908 mais cet épisode politique sera relativement court et se termine en 1910 en raison de sa mésentente avec les  dirigeants du parti. A partir de cette date il se consacre entièrement à l’armée mais sa vocation politique se manifeste à nouveau lorsque l’occupation Alliée devient éminente  à la fin de l’année 1918. N’acceptant pas l’idée que la Turquie puisse se soumettre aux conditions humiliantes de l’armistice, il profite de la charge que le sultan lui confie pour la ville de Samsun en tant que « gouvernant militaire » (Mer Noir) pour entamer sa marche vers la Libération et la République. Rappelons toutefois  l’atmosphère hostile que l’occupation créa dans toute l’Anatolie donnant ainsi à Mustafa Kemal un terrain propice. En effet des meetings de protestations se tiennent à Istanbul tandis que des associations se multiplient en Thrace et en Anatolie. Débarqué à Samsun  en mai 1919, Mustafa Kemal va prendre en main l’organisation de la résistance. Rassemblant les débris de l’armée ottomane en Anatolie, mobilisant toutes les forces économiques et sociales, il parvient, depuis Ankara ou il a installé son quartier général à faire front. On assiste dans le même temps à la naissance de la Grande Assemblée Nationale le 23 avril 1920 grâce à l’appel au rassemblement de     Mustafa Kemal (élue président de l’assemblée) auprès des délégués du peuple 1. Apres le déclenchement des hostilités et les premier revers, Kemal se fait attribuer les pouvoirs de commandant suprême de l’armée et ses ordres ont valeurs de lois. Il repousse ainsi les Arméniens à l'est et contient les Français en Cilicie. Une série de victoires (Inönü, Sakarya) permet de briser l'élan des armées grecques qui avaient envahi l'Anatolie occidentale. Celles-ci sont définitivement chassées à la suite de la prise d'Izmir en septembre 1922. En deux ans, le territoire turc a été libéré. La victoire est due à la volonté d'un homme, à la mobilisation d'une nation, à l'aide apportée par la Russie bolchevique et, aussi, à la division des puissances.

Après d'âpres négociations avec les puissances alliées, la Turquie, au traité de Lausanne (juillet 1923), obtient l'annulation des dispositions prises à Sèvres. L'indépendance, la souveraineté et les frontières du nouvel État sont reconnues. Les capitulations sont supprimées. Il se produit un échange de populations avec la Grèce. La paix conclue, Mustafa Kemal renforce son autorité et met fin à la monarchie ottomane en supprimant l'institution du sultanat. Cette victoire renforça le prestige de Kemal (des élections législatives organisées en 1923 ont donné une très large majorités à son parti) et lui donna  un crédit qu’il utilisa dans l’instauration  de la République   le 29 octobre 1923 dont il devenait le 1er président. Dés le préambule, la Constitution affirma très nettement la souveraineté du peuple : « La souveraineté appartient sans réserve ni condition à la nation ». La transition de l’Empire ottoman à la République turque d’une souveraineté procédant de Dieu à la souveraineté procédant du peuple, s’est effectuée sans révolution sociale, sans insurrection dans les villes et les campagnes. Si les masses se sont mobilisées derrières les Kémalistes, ce fut en tant que soldats de la guerre d’Indépendance pour résister aux envahisseurs.

 Le président de la République turque est élu par l’assemblée réunie, qui le choisit parmi ses membres. Le président est le chef de l’Etat et il peut présider l’Assemblée et le Conseil des ministres s’il le juge nécessaire. Le président choisit, au sein de l’Assemblée, le premier ministre qui désigne lui-même les autres ministres. Le président soumet ensuite le Conseil des ministres à l’approbation de l’Assemblée. Le suffrage universel indirect  est par ailleurs la forme de l’élection mais quel a pu être son intérêt  dans un système à parti unique pendant longtemps ? Nous traiterons cette question un peu plus loin mais, pour le moment, il est à remarquer que la république est de nature présidentielle. Il est en effet investi de pouvoirs considérables et le parlement n’intervient qu’à de rares occasions dans les affaires. C’est pourtant bien ce denier qui vota cette première Constitution mais elle était loin de faire l’unanimité car sur 400 députés, 287 étaient présents et seulement 158 votèrent favorablement. Il n’y a manifestement pas eu de consensus national autour de cette 1ére Constitution et nous le comprendrons mieux à travers l’étude des prochaines parties. A ses débuts, la République semblait, essentiellement reposer sur le prestige d’un homme. Du coté de Mustafa Kemal, l’heure était au changement.

De 1920 à 1922, pendant la guerre d’indépendance, la Turquie vécut sous l’autorité de deux  gouvernements rivaux : celui du sultan établi à Istanbul et celui de la Grande Assemblée Nationale établi à Ankara.